J'ai perdu des notes et je n'ai pas cherché à les retrouver. Tant pis.
Plus tard je suis montée sur un bateau qui m'a rendue malade, de tout. Je l'ai récuré autant que j'ai pu jusqu'à l'invasion des poissons-chats, j'ai hissé les voiles, j'ai jeté les vivres, j'ai lâché l'ancre et me voilà sur une île où j'enterrerai mon coeur.
Après avoir emmené le Petit Prince prendre l'avion, je me suis arrêtée à Pätahuknöck et, moi qui jusque là avais eu si peur des rennes fous gambadant en jupe par tous les temps, je tenais enfin la ville dans mes mains. Il faisait froid et nuit comme tous les jours, on s'entassait comme des pingouins sous l'abri-bus en attendant en juin ça s'ra bien, je serai la rose en vadrouille ayant rencontré des éteigneurs de réverbère et je le rejoindrai, on dessinera des moutons en meringue et la vie nous collera aux dents.
Il est beaucoup plus facile de mettre quelqu'un dans un séchoir que dans une machine à laver, quand bien même serait-elle pour 16kilos. Quand le tambour tape sur mes tempes de la fumée s'échappe, j'abandonne mon livre, mon petit livre qui me faisait prendre une grosse voix, je vais soulever le loquet le truc ou le bidule il y a un geyser là dessous! Je ferme la porte je cours j'enchaine 5 pas de polka dont je me souviens difficilement puis je prends mon billet, je lance la locomotive. Tccchoou, ta gueule le geyser, tccchhoou, ta gueule le geyser, tchhoouussshhttt un monstre chevalier de la thermodynamique sort de la machine et me saute au cou je tombe je m'accroche au hublot qui s'ouvre et le tambour se déverse. La rage a encore gagné.
Je suis partie la rage aux dents, au nez, à la tête, à l'houette, prête à tout tout (you too?) pour trouver de nouvelles baskets à mettre, ouais tu verras c'est chouette, parce que celles qui devaient faire 2mois ont duré 2ans. Mes chaussures merdiques, c'est l'incarnation en tissus de ma fureur de vivre, celle que vous voyez dans les pubs pour les banques. Elles n'ont pas peur d'être sales, ni de voir les lambeaux de caoutchouc s'envoler : elles courent, elles se raccrochent à la vie, elles me saoulent avec la pluie. J'ai acheté des chaussons, j'ai changé mon répondeur.
J'ai quitté Gualalarosa comme on quitte Prague : en assomant les gens dans le métro avec mes bagages. Ensuite on les regarde longuement en hésitant, puis on balbutie un Prosim euh promiente. J'étais donc, la deuxième fois quand j'ai enfin pris la ligne dans le bon sens, au fin fond, là où Klapisch filmerait des au revoir on s'revoit la s'maine prochaine en collant la musique des Chevaliers du Zodiaque sur la dernière vitre du bout du métro, et je ne savais pas si je partais en vacances ou si j'en revenais. Dans la voiture, parce que j'applique les plans foireux mais covoiturage des filles des amies de ma mère, j'ai cru au road-movie, celui où on s'arrête on part à la plage parce que le ciel était grand comme l'univers, ce qui tombe bien c'est rudement le cas. Mais ce n'est qu'une fois ici qu'on m'a appelée, qu'on m'a dit Prends le train, viens à Babylone, j'ai envie qu'on aille à la mer.
Pour le Projet n°1, je me marre au téléphone quand on me répond "désolé nous n'acceptons plus de public", mais en fait je n'en mène pas large. Pour le Projet n°2, je me démène je me débats dans le sable, et je sais que, tant pis s'il fait moche s'il y a du vent ou des ouragans et quitte à devoir construire un chateau de cartes bétonné par des sables mouvants, je l'organiserai ce truc. Pour le Projet n°3 j'ai dépassé les bouées, je nage désormais en pleine utopie. C'est sans doute le plus terrible, celui qui m'écorchera et mettra du sel sur les plaies - mais j'ai décidé qu'un jour, il fallait vraiment plonger pour se noyer. Je tape fort et j'attends d'être KO.